Histoire des Protestants de Mâcon
du XVIe au XIXe siècle

En 1500, Mâcon est une petite ville de 4000 habitants environ, ville commerçante en raison de sa situation sur les bords de la Saône, ville riche de nombreuses églises et de monastères, ville fortifiée faisant frontière entre la France et la Savoie. A cette époque la France a pour roi François 1er. C'est le début de la Renaissance des Lettres et des Arts, on redécouvre l'antiquité grecque et romaine, on revient aux sources, notamment en matière religieuse. Lefèvre d'Étaples traduit la Bible en français en 1520 et l'Évêque de Meaux, Guillaume Briçonnet, fait distribuer les Évangiles dans son diocèse. La foi est vivante dans le peuple, il a des besoins religieux, mais l'état moral et spirituel du clergé laisse à désirer. Il est puissant dans le domaine temporel, il a de grandes richesses -à Mâcon, il détient près d'un tiers des immeubles et il possède de grands biens fonciers - ; mais peut-être en raison même de cette richesse, il semble avoir perdu le sens de sa mission spirituelle. Les ordonnances de l'Évêque de Lyon, François de Rohan en 1529, de l'Évêque de Mâcon, Louis de Chantereau en 1530, du roi Henri II lui-même en 1551 dans une lettre adressée à l'Évêque de Mâcon sur l'inconduite des religieux dans cette ville, sont des signes révélateurs de l'état moral et spirituel d'un certain nombre d'ecclésiastiques à cette époque.

En réaction contre ces défaillances, d'autres religieux éprouvent le besoin d'une spiritualité plus dépouillée, plus près de sa source véritable, l'évangile du Christ, de l'enseignement des Apôtres et des Pères de l'Église. Chose importante à noter, c'est un ecclésiastique qui, le premier à Mâcon, vient prêcher un renouveau religieux. En décembre 1524, pendant un séjour à Lyon de Marguerite de Navarre, soeur de François 1er, son chapelain, Michel d'Arande, remontant la Saône en bateau, arriva à Mâcon. Ce qu'il prêchait n'était pas encore le calvinisme, mais un christianisme mystique, revêtu d'une couleur évangélique, un christianisme imprégné des écrits de Luther, de Zwingli et d'Érasme, insistant sur la doctrine de la justification par la seule grâce de Dieu et s'accompagnant d'une vive critique contre les errements de l'Église catholique d'alors. Mâcon fut donc une des premières villes de France à recevoir les idées des "pré-réformateurs " et à former des adeptes à ces idées. En 1530, Jehan Poncet, notaire royal à Davayé, localité proche de Mâcon, fut emprisonné pour avoir soutenu "certaines propositions hérétiques et luthériennes" ; il en appela à la Cour de Paris et obtint son élargissement sous caution.

C'est en 1533 que les doctrines de Calvin sont répandues à Mâcon par un ancien ecclésiastique, Alexandre Canu, qui avait fait un séjour à Neuchâtel et à Genève où il avait pris contact avec Farel ami et disciple de Calvin. Ces doctrines furent favorablement accueillies à Mâcon, surtout au début, dans les milieux bourgeois et commerçants, ainsi que par certains membres du clergé. L'un des plus anciens historiens de Bourgogne, le R. P. Fodéré a écrit ceci : " L'hérésie de Calvin ayant déjà pullulé sourdement par dedans presque toutes les villes du Royaume, depuis 1554, elle se glissa dans l'entendement des plus relevés de Mâcon, lesquels néanmoins à ce commencement se tenaient secrets ; or, pour se bien instruire aux dogmes de cette nouvelle hérésie, ils envoyaient souvent des plus capables d'entre eux à Genève." Nous connaissons effectivement le nom d'un de ces mâconnais, Antoine Bouvet, qui alla à l'Académie de Genève et revint quelques années plus tard à Mâcon pour exercer les fonctions de pasteur de la nouvelle Église.

Cependant, avec le règne d'Henri II, les persécutions commencent ; il est défendu sous peine de mort de posséder chez soi les livres saints et d'enseigner les nouvelles doctrines. Malgré tous ces obstacles, la Réforme s'étend et en 1561, l'Église réformée de Mâcon est fondée. Elle a deux pasteurs, Pasquier et Bouvet ; elle tient ses cultes aux halles de la ville avec l'assentiment des échevins, eux-mêmes en majorité protestants. L'assistance y est nombreuse. Un fait précis nous est rapporté à ce sujet : pour la Cène de Noël 1561, les échevins "donnent l'ordre à Claude Mouriet, boulanger, de fournir à l'Église réformée, vingt livres de pain blanc à treize deniers les deux livres". Cela fait supposer que le nombre des réformés devait atteindre à cette époque près de la moitié de la population totale de Mâcon.

Le 17 janvier 1562, Catherine de Médicis avait accordé aux protestants la liberté de culte. Ce premier acte de tolérance était dicté par la crainte des Guise, qu'elle soupçonnait de vouloir s'emparer du pouvoir ; elle cherchait alors appui du côté protestant, mais en mars 1562 le massacre de Valmy mettait le feu aux poudres. Dès lors, les luttes religieuses vont prendre le caractère de guerres de religion et ensanglanter tout le territoire français pendant près de quarante années. Les événements à Mâcon sont complexes pendant toute cette période, ils nous sont donnés en détail, et nous ne noterons que quelques faits essentiels. Le culte réformé fut une première fois supprimé en 1562, après la prise de Mâcon par le gouverneur Tavannes, puis il est rétabli en 1564 par le pasteur Chandieu, originaire du Beaujolais et qui joua un rôle important dans l'organisation de l'Église réformée de France. On note à cette date à Mâcon plus de deux cents chefs de famille se rattachant au parti réformé. Les cultes ont lieu à l'extérieur de la ville chez le baron de Vinzelles. Un peu plus tard, en 1566, le pasteur Dugain essaie de réorganiser des cultes à Mâcon sous le prétexte d'enseignement. Il est dit "qu'un certain Dugain, fait lessons en latin, en grec et en hébreu" ; il était en quête d'un local approprié qu'on lui octroya, à la condition de ne recevoir que ceux qui entendent "icelles langues". Les cultes furent de nouveau supprimés en 1567 ; les réformés ayant échoué en réclamant, les armes à la main, la liberté de religion. Le massacre de la saint Barthélémy fut évité à Mâcon, grâce à son gouverneur Philibert de la Guiche qui fit enfermer les protestants et put ainsi les préserver. Mais au sortir de prison, quelques jours après, il leur fallut choisir entre l'abjuration et l'exil.

Puis ce fut la période troublée de la Ligue, divisant le parti catholique lui-même ; le calme ne revint qu'avec l'arrivée au pouvoir d'Henri IV. Le13 avril 1598 l'Édit de Nantes était promulgué, il donnait sous certaines conditions, la liberté de culte aux protestants.

L'Église réformée de Mâcon avait pratiquement sombré pendant la période où la Ligue était toute-puissante à Mâcon. Nombreux furent ceux qui s'expatrièrent pendant cette époque et surtout après le massacre de la saint Barthélémy, quelques-uns en Suisse, le plus grand nombre en Bresse, dans la région de Pont-de-Vaux, Bagé, Pont-de-Veyle, Thoissey; cette région en effet, placée sous l'autorité des ducs de Savoie, bénéficiait en matière religieuse, d'un régime assez libéral. En 1595, une Église réformée existait à Pont-de-Veyle, petite bourgade alors en majorité protestante. Elle avait à sa tête le pasteur Théophile Cassegrain. Ce dernier entreprit une controverse publique et théologique avec le P. Humblot minime. On trouvera le détail de cette controverse dans l'ouvrage intitulé " la dispute solennelle agitée en la maison de ville de Mâcon entre F. Humblot minime et Th. Cassegrain ministre ". Cassegrain répondit à cet ouvrage par " l'Avertissement sur le libellé fameux publié par le Père Humblot sur sa dispute avec Cassegrain ". Cette controverse qui fut, bien entendu, sans résultat, nous apprend surtout comment à cette époque, on maniait le raisonnement par syllogisme dans les discussions théologiques. Cassegrain eut pour mérite de reconstituer l'Église réformée de Mâcon. Un lieu de culte fut institué à Hurigny, en 1601, à proximité de la ville de Mâcon et faute de pouvoir s'établir dans la ville elle-même. Les difficultés d'accès à Hurigny (8 km de Mâcon) amenèrent les protestants à rechercher un lieu plus rapproché de la ville pour construire un temple. Ce lieu fut trouvé sur un terrain dit " la petite coupée" distant de Mâcon d'environ 2000 pas, en juin 1620.

Bien que diminué par rapport à 1561 et 1564, le nombre des réformés reste encore important à Mâcon à cette époque. Mais la liberté de culte dont le protestantisme jouit éveille des jalousies. Dans les Cahiers ecclésiastiques, on se plaint des libertés accordées aux réformés. Telle est cette remarque pleine de saveur relevée dans les Cahiers du 25 août 1614 : "Il est certain, lit-on, qu'outre la perte des âmes que cause l'exercice de l'hérésie, grand nombre d'idiots, attirés par la liberté de conscience, se séparent du troupeau, privent leurs légitimes pasteurs de la laine qu'ils tondaient doucement, enlevant quelques petites espèces du temporel de leurs paroissiens pour le spirituel qu'ils leur servaient. " Ajoutons, pour être juste, que les préoccupations d'argent jouèrent leur rôle dans le succès de la Réforme à ses débuts; c'était en effet un moyen de se soustraire aux nombreuses redevances dûes au clergé.

L'Église réformée de Mâcon a donc son temple à la Coupée en 1620. Plusieurs pasteurs se succèdent dans cette Église: Louis de la Coste, François Perraud, auteur du livre "L'Anti-Démon de Mâcon". Pierre Héliot, François Regneault de Mépillat, enfin Samuel Uchard dont le ministère prit fin avec la Révocation de l'Édit de Nantes en 1685.

C'est qu'en effet, contre la Réforme, le catholicisme s'était organisé. Le Concile de Trente, réuni de 1545 à 1560, avait mis au point la dogmatique de l'Église et n'avait fait aucune concession aux idées nouvelles ; par ailleurs, l'ordre des jésuites s'était développé et, en France, à partir de 1560 environ, il s'était attaché à combattre la Réforme et à provoquer des abjurations. Les jésuites, dont l'influence auprès de Louis XIV était grande, convainquirent ce monarque qu'il était possible d'exterminer le protestantisme de France par une action individuelle, en provoquant des abjurations, et en dressant tous les obstacles possibles à l'exercice du culte réformé. A partir de l'année 1660, des difficultés continuelles sont créées à la communauté de Mâcon, ainsi d'ailleurs qu'aux Églises voisines de Pont-de-Veyle, Reyssouze, Cluny et Salornay. Des temples sont fermés, en Bresse d'abord, à Pont-de-Veyle, et on interdit aux bressans de venir assister aux cultes de Mâcon. On conteste ensuite la légalité de l'érection du temple à la Coupée. Enfin en 1685 c'est la Révocation de l'Édit de Nantes. Le temple est détruit et les biens de la communauté sont distribués aux hospices de Mâcon. Les réformés n'ont alors plus que le choix d'abjurer ou d'aller aux galères, ou en prison, et voir leurs enfants élevés dans des institutions religieuses catholiques. Pour échapper à ces alternatives, beaucoup cherchent à gagner la Suisse. Le pasteur Bost cite les noms de nombreuses familles réformées de Mâcon et des environs, les plus aisées en général, qui liquident leurs biens autant qu'elles le peuvent et s'expatrient à travers la Bresse et le Jura vers Genève. Nous savons quelle catastrophe fut cet exode pour notre patrie. Parmi les familles qui s'expatrient on relève les noms des frères Guichard, l'un médecin, l'autre avocat ; de Connain, médecin ; de Perraudin, notaire ; de Lhuillier, commerçant; de Garnier, Perreaud, Dombey, Regnault, Guichenon, tous noms bien mâconnais. Mais le plus grand nombre ne peut s'expatrier, il faut abjurer et suivre les offices catholiques ; ces "nouveaux convertis", comme on les a appelés, n'apportent que peu de zèle à les suivre, et n'ayant plus la possibilité de se réunir ensemble, ils finiront peu à peu par sombrer dans l'indifférence religieuse. Leurs descendants accueilleront plus tard les idées révolutionnaires avec beaucoup d'enthousiasme ; le culte de l'Être suprême, la libre-pensée ensuite trouveront chez eux un terrain favorable et on peut trouver là une explication, partielle évidemment, de la physionomie philosophico-politique des habitants du Mâconnais d'aujourd'hui.

Reconstitution de l'Église réformée au XIXe siècle

En 1831, il s'était créé à Genève, "la Société évangélique", qui était animée d'un esprit missionnaire et dont la théologie était imprégnée du souffle du "réveil". Elle envoya en France des pasteurs et des colporteurs bibliques dont la mission était l'évangélisation. Le département de Saône-et-Loire, relativement proche de Genève, reçut la visite de ces missionnaires, notamment à Chalon, Tournus, Mâcon et la Bresse louhannaise. Bien accueillis dans beaucoup de foyers, ces missionnaires firent comprendre à la Société évangélique qu'il était nécessaire de poursuivre cet effort en maintenant une présence durable dans les régions où la population avait manifesté le désir d'être instruite dans une connaissance plus approfondie des saintes Écritures.

En 1833, le pasteur Hoffman fonde à Mâcon une Église protestante et en 1835 le pasteur Zipperlen loue un local au n° 3 de la rue Joséphine (actuellement rue Gambetta), comprenant deux salles au rez-de-chaussée et un logement au premier étage pouvant servir d'école. Cent à trois cents auditeurs, nous est-il dit, suivaient les prédications du pasteur Zipperlen. En 1836, un instituteur originaire de la Drôme, vint se fixer à Mâcon et enseigna à l'école protestante. Il était important en effet de répandre l'instruction pour que la Parole de Dieu puisse être lue par le plus grand nombre.

Les débuts de cette nouvelle Église ne furent pas toujours très faciles; elle se heurta à l'hostilité du clergé catholique et le pasteur Zipperlen dût publier une brochure de défense contre les accusations calomnieuses, concernant les doctrines qu'il enseignait. Malgré toutes les difficultés, cette Église prospéra sous la direction du pasteur Duproix avec l'aide de M. Charpiot, instituteur, dont l'école accueillit à un certain moment une quarantaine d'élèves. Des réunions religieuses sont tenues également dans plusieurs villages du Mâconnais, à Azé, à St-Maurice-de-Sathonay, Cluny, Donzy-le-National où un temple fut même érigé. Cependant, des difficultés internes vinrent affecter cette Église.

En 1851, ce fut le darbysme, qui ne connut pas beaucoup de succès à Mâcon, mais recueillit des adeptes pendant quelque temps au bourg de Sennecé. Mais surtout, les charges financières s'avéraient lourdes pour la Société évangélique, il fallait en effet entretenir le pasteur et l'école avec ses maîtres.

En 1876, la commission d'évangélisation de l'union des Églises libres prend en charge l'Église de Mâcon. Le pasteur Laügt de 1876 à 1883, puis E. Lenoir de 1883 à 1887, essaient d'orienter cette Église suivant le principe des Églises libres, c'est-à-dire, constituer une Église de professants. Ils échouent dans cette tentative et, bien au contraire, en 1893 c'est le libéralisme qui l'emporte avec l'arrivée à Mâcon du pasteur Émile Saint Paul.
     Le 25 mars 1906, l'Association cultuelle protestante de Mâcon est fondée, conformément à la loi de séparation de l'Église et de l'État. Elle devait se rallier en 1912 à l'Union des Églises Réformées de France.

Résumé réalisé par Mme. Hélène DAVID,
à partir du manuscrit du pasteur Ami Bost :
Histoire de l'Eglise réformée de Mâcon.

Ce manuscrit, détenu par les Archives de Saône & Loire,
fut mis à la disposition du plus grand nombre, par le
regretté libraire en livres anciens André Ruel, qui le publia,
sur ses deniers, en 1977 (314 pp. et 4 H.T., tirage à 325 exemplaires).

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